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Pouvoirs publics : repousser toutes les limites

Les gouvernements et les banques centrales ont commencé à réagir cette semaine de façon plus vigoureuse à la crise sanitaire afin de limiter les dommages à long terme pour l’économie mondiale.

Face à une crise sanitaire d’une gravité inégalée en plus d'un siècle, les autorités monétaires et budgétaires du monde entier devront probablement repousser toutes les limites pour éviter que la récession qui se profile inévitablement se transforme en dépression et pour empêcher que la correction des marchés financiers ne bascule en effondrement.

Le fait que les gouvernements et les banques centrales redoublent d'efforts et aient commencé à réagir cette semaine de façon plus vigoureuse aux tensions créées par le coronavirus constitue toutefois une (relativement) bonne nouvelle. La Réserve fédérale (Fed) a effectivement annoncé dimanche (le 15 mars) d’importantes mesures d'assouplissement destinées à soutenir les marchés financiers et l'économie. Celles-ci prévoient une politique de taux directeurs à un niveau proche de zéro, des rachats massifs de bons du Trésor américains et de titres adossés à des créances hypothécaires (TACH), une baisse des taux sur les swaps de devises et un allégement réglementaire pour les banques.Autant dire qu'elle a « tout donné » ou presque.

Malgré tout, la récession mondiale causée par les perturbations de l'offre et par la baisse, aussi soudaine que drastique, de la demande (essentiellement de services) paraît inévitable. Dans ce contexte, les gouvernements et les banques centrales doivent continuer à faire en sorte que la récession demeure relativement courte et ne dégénère pas en une dépression économique, généralement définie comme une baisse prolongée de l'activité au-delà de quelques trimestres ainsi que par une hausse très significative du chômage, avec multiplication des faillites d'entreprises et de banques.

Pour échapper à ce scénario, il faudra avant tout des mesures budgétaires massives visant à soutenir financièrement les ménages et les entreprises touchés par la crise. De nombreux pays prennent actuellement des décisions dans ce sens. Les aménagements fiscaux, les aides aux particuliers et aux entreprises augmenteront toutefois significativement les déficits budgétaires. En outre, les garanties constituées par les États dans les prêts bancaires aux entreprises (annoncées par plusieurs gouvernements européens au cours des derniers jours) augmenteront implicitement leur passif et potentiellement leur déficit en cas de perte. En conséquence, la crise pourrait déboucher sur un niveau d'endettement public (encore) plus élevé à l'avenir.

Les taux réels des emprunts d'État demeurant extrêmement faibles dans la plupart des cas, et même parfois négatifs, ce nouveau fardeau devrait rester maîtrisable. Toutefois, les banques centrales ont un rôle important à jouer pour garantir que les coûts d'emprunt n’augmentent pas dans un avenir prévisible, de sorte que les gouvernements puissent prendre toutes les mesures nécessaires à lutter contre cette crise, économique et sanitaire. C'est exactement ce qu'ont fait la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d'Angleterre, la Banque du Canada, la Réserve fédérale et plusieurs autres banques centrales au cours des derniers jours.

Nous nous attendons aussi à ce que les considérations budgétaires influent de plus en plus sur les politiques monétaires, une tendance déjà amorcée depuis un certain temps et qui risque de s'accélérer. Notons qu'une coordination budgétaire et monétaire ne pose pas en soi de problème. Il s'agirait même d'une réponse parfaitement adéquate en période de crise, lorsque les solutions monétaires conventionnelles paraissent largement épuisées.

En plus de favoriser la mise en œuvre de politiques budgétaires plus favorables à la croissance, les banques centrales devront également assurer la disponibilité de capitaux pour les emprunts des sociétés et des ménages. Il faudra en conséquence assouplir le cadre réglementaire des établissements financiers offrant des prêts aux emprunteurs à risque, amplement approvisionner les banques en liquidités à des coûts abordables, mettre en œuvre des programmes de prêts ciblés pour les emprunteurs non financiers auprès des banques ou à même les bilans des banques centrales, avec ou sans indemnisation par les gouvernements.

Plusieurs mesures de ce type ont déjà été annoncées par les banques centrales, notamment la BCE et la Banque d’Angleterre cette semaine, ainsi que par la Réserve fédérale dimanche dernier, laquelle devrait communiquer de plus d’autres actions, potentiellement dès la semaine prochaine, sous forme de programmes de prêts ciblés prévus par la section 13 (3) du Federal Reserve Act.

Sur une note également positive, les mesures annoncées dimanche par la Fed devraient contribuer à restaurer l’ordre dans le fonctionnement des plus importants marchés financiers américains : les bons du Trésor et les hypothèques.

  • Comme l’ont récemment expliqué mes collègues Rick Chan et Tiffany Wilding dans un billet sur notre blog, la liquidité sur le marché des bons du Trésor américain, généralement très élevée, a diminué fortement la semaine dernière en raison des tentatives des investisseurs recourant à un effet de levier de dénouer certaines opérations sur les marchés, en vendant notamment (ou en tentant de le faire) d'importants volumes de bons du Trésor au moment où les spécialistes en valeurs du Trésor intervenaient avec d'importantes contraintes financières et dans des conditions de travail délicates compte tenu du déploiement des plans de continuité des activités. La reprise des rachats de bons du Trésor par la Réserve fédérale de New York en fin de semaine dernière constituait une première étape pour alléger ces tensions. De plus, le rachat complémentaire de 500 milliards $ de bons du Trésor annoncé dimanche par la Fed devrait restaurer la liquidité au fil du temps et permettre un fonctionnement harmonieux de ce marché.
  • La décision de la Réserve fédérale des États-Unis d'abandonner le non-renouvellement des titres adossés à des créances hypothécaires et de procéder à des rachats à hauteur d'au moins 200 milliards $ devrait permettre aux emprunteurs de bénéficier d'une politique monétaire plus efficace. Comme l’ont expliqué il y a deux semaines mes collègues Mike Cudzil et Dan Hyman dans un billet sur notre blog, le fait que la Réserve fédérale ait continué à ne pas renouveler les hypothèques inscrites à son bilan a probablement contribué à une amplification des écarts entre les TACH garantis et les taux de rendement des bons du Trésor, laquelle a gêné la propagation de la baisse des taux d'intérêt aux emprunteurs hypothécaires.

Cela étant dit, les pouvoirs publics, notamment la Réserve fédérale, s'efforcent aujourd'hui de repousser toutes les limites, de sorte à atténuer les perturbations financières et économiques sérieuses que cause la plus grave crise sanitaire mondiale en plus d'un siècle. D'autres mesures se justifieront et donneront probablement lieu à une mise en œuvre au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

Joachim Fels, conseiller économique mondial de PIMCO, contribue régulièrement au blog PIMCO.

L'auteur

Joachim Fels

Conseiller économique mondial

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