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Canada : un impact économique plus marqué, mais une marge de manœuvre plus grande

L'économie canadienne risque plus de souffrir d’un ralentissement à long terme, mais nous estimons que le gouvernement fédéral à Ottawa dispose des moyens de traiter la crise.

Puisque l'économie canadienne paraît plus vulnérable que celle des États-Unis aux chocs énergétiques et de croissance mondiale, d'autant que les ménages canadiens traînent un endettement supérieur, les effets du nouveau coronavirus risquent de se faire sentir davantage qu'au sud de la frontière et la récession qui suivra pourrait durer plus longtemps.

Dans les faits, l'économie canadienne pourrait se trouver probablement déjà en récession. La semaine dernière, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que 2,5 % de la population active avait déposé une demande de prestations d'assurance-emploi, un niveau sans précédent, et l'actualité des jours suivants suggérait que cette proportion avoisinait probablement le seuil de 5 %.

Le Canada a cependant les moyens budgétaires et monétaires de relancer son économie. En plus de la baisse cumulative de 100 points de base (pdb) des taux d'intérêt décidée par la Banque du Canada (BdC) en mars, accompagnée d'autres mesures visant à stabiliser les marchés monétaires, le Parlement a approuvé un plan de relance le 25 mars. Celui-ci prévoit un soutien à l’économie sous forme de dépenses publiques et de report d'impôt représentant environ 1 % et 2 % du PIB respectivement.

Toutefois, des mesures supplémentaires demeureront probablement nécessaires. La propagation continue du nouveau coronavirus perturbe les chaînes d'approvisionnement à l'échelle mondiale et paralyse le comportement des consommateurs, tandis que la réponse budgétaire suffit à peine à compenser le choc des prix de l'énergie, d'après nos estimations. Au moment d'écrire ces lignes, trois provinces – le Québec, l’Alberta et l’Ontario –, représentant plus de 75 % du PIB canadien, avaient imposé la fermeture des restaurants, des lieux de divertissement et des commerces de détail.

Aux États-Unis, les législateurs négocient un projet de loi qui pourrait apporter un soutien supplémentaire direct du gouvernement aux ménages et aux entreprises de l'ordre de 10 % du PIB, alors que la Réserve fédérale a baissé ses taux d'intérêt à zéro, après avoir mis en œuvre un ambitieux programme de rachat de bons du Trésor et de TACH, lequel faisait suite à l'annonce de plusieurs mesures exceptionnelles visant à stabiliser les marchés financiers et assurer que les capitaux disponibles à l’emprunt circulaient bien dans l'ensemble de l'économie américaine.

À notre avis, le gouvernement canadien devra prendre les mêmes décisions pour contrer la détérioration de son économie. De son côté, la BdC diminuera probablement ses taux d'intérêt à 0 % et amorcera des rachats d'actifs de grande envergure, tout comme la Réserve fédérale.

Des mesures de relance

Le budget de soutien à l'économie devrait atteindre 82 milliards $ CA. Il comprend notamment 27 milliards $ CA d’aide directe aux travailleurs et aux entreprises, ainsi que 55 milliards $ CA en report d'impôt. De plus, les prestations d'assurance-emploi feront l'objet d'améliorations, les familles à faible ou modeste revenu obtiendront des allocations et les personnes dont la vie a été perturbée par l'épidémie pourront disposer d'assistance. D'autres mesures visent à soulager les propriétaires immobiliers ayant des difficultés à assumer le remboursement de leur crédit (notamment par report des mensualités, allongement de la période d'amortissement ou conclusions d’ententes exceptionnelles) ainsi qu'à soutenir les entreprises (par une subvention salariale temporaire, un accès facilité au crédit ou d’autres mesures). Ce dispositif budgétaire fait suite aux deux baisses de 50 pdb des taux d'intérêt de la BdC, l’une le 4 mars et l’autre en urgence le 13 mars à l'issue de laquelle le taux directeur s'est établi à 0,75 %. La banque centrale canadienne a également annoncé récemment des mesures complémentaires de soutien aux marchés financiers, notamment un programme de rachat visant les anciennes obligations, une augmentation des rachats d'obligations hypothécaires du Canada et deux facilités visant à soutenir les marchés de financement.

Un ralentissement plus marqué

Néanmoins, les mesures budgétaires et monétaires proposées jusqu'à présent pourraient ne pas suffire. Tout comme les États-Unis, le Canada risque de tomber en récession économique cette année, si tel n'est pas déjà le cas. La situation pourrait d'ailleurs s'avérer plus sérieuse et plus longue qu'au sud de la frontière, pour plusieurs raisons.

Premièrement, la production d'énergie représente une part plus importante de l'économie canadienne et de ses exportations. Le secteur énergétique pèse environ 8 % du PIB et 18 % des investissements fixes des entreprises (par rapport à 3 % et 4 % respectivement aux États-Unis), selon Statistique Canada, l’organisme officiel. De surcroît, le Canada se situant en position nette exportatrice pour ses sources d'énergie, une baisse des cours aura des effets importants sur les échanges internationaux et les recettes du pays. Des recherches effectuées par la Banque du Canada à la suite d'un choc des prix des matières premières précédent ont révélé qu'une baisse de 45 % du cours du pétrole avait coûté environ un point de pourcentage au PIB durant les deux trimestres suivants, sachant que les effets négatifs se prolongent tant que les cours de l'énergie demeurent faibles. En conséquence, nous estimons que le plongeon de 65 % du prix du pétrole (selon les données de Bloomberg du 24 mars) pourrait peser sur le PIB à concurrence de 1,5 %, voire plus, puisque les consommateurs ne dépenseront vraisemblablement pas le revenu exceptionnel créé par la baisse du prix de l'essence, ou en tout cas pas immédiatement, à cause des mesures de distanciation sociale liées au virus.

Deuxièmement, l'économie canadienne demeure plus interdépendante de la croissance mondiale, et donc plus vulnérable à un ralentissement. Les exportations de biens et de services représentent 36 % du PIB, par rapport à 11 % aux États-Unis. Une autre étude de la Banque du Canada a conclu, sans surprise étant donné le poids important des échanges internationaux dans l'économie nationale, à une forte corrélation positive entre la croissance mondiale et le volume des investissements et des échanges commerciaux au Canada. La dépréciation du dollar canadien causée par l'effondrement des cours du pétrole devrait certes contribuer à la compétitivité des exportations canadiennes, mais risque également de défavoriser les consommateurs, puisqu’ils devront débourser davantage pour les biens importés.

Troisièmement, l'endettement des ménages canadiens dépasse celui de leurs homologues américains et cet aspect de première importance qui contribue au déséquilibre économique risque d'aggraver le ralentissement. Selon Statistique Canada, le ratio dette des ménages/PIB avoisine 100 %, après une augmentation de presque 30 % au cours des 10 dernières années, tandis que le mouvement inverse se déroulait aux États-Unis, où ce ratio se situe aujourd'hui à environ 75 % du PIB.

Compte tenu de la forte augmentation des prix des maisons presque partout au Canada durant les dernières années, l'essentiel de cette dette se concentre dans le secteur immobilier. Le ratio du service de la dette immobilière au Canada (soit les versements hypothécaires requis par rapport au revenu total disponible) se situe quasiment à sept pour un selon les données officielles. À ce stade, l’impérieux désendettement des ménages qui doit suivre exacerbera vraisemblablement le ralentissement économique. En l'occurrence, certaines études suggèrent que les périodes de croissance rapide du crédit, particulièrement dans le secteur immobilier, tendent à précéder souvent un ralentissement de l’activité économique (Mian, Sufi et Verner – 2016). Même si les autorités canadiennes de réglementation ont posé des jalons au cours des dernières années pour ralentir les activités de crédit immobilier, en resserrant notamment les conditions d'emprunt, le niveau actuellement élevé d'endettement des ménages risque d'occasionner un ralentissement plus marqué et plus long.

Une plus grande marge de manœuvre budgétaire et monétaire du Canada

Sur une note plus optimiste, le Canada amorce ce choc économique muni d'un meilleur filet social et d'un fardeau de la dette publique plus maîtrisable. Les Canadiens bénéficient en effet d'un système de santé universel et de congés maladie dans le cadre du programme national de l'assurance-emploi. Le pays a également plus de latitude en termes budgétaire et monétaire – le ratio dette/PIB ne s'élevant qu'à 30 % (par rapport à 80 % aux États-Unis, selon le Bureau du budget du Congrès américain) – et le bilan de la Banque du Canada demeure raisonnable, seul pays développé à s’être abstenu de mettre en œuvre des programmes de rachat d'actifs de grande envergure après la crise financière de 2008.

Que faut-il en conclure?

L’économie canadienne risque de souffrir davantage que celle des États-Unis du choc actuel et subira ensuite une récession probablement plus longue. En revanche, le pays dispose d'une meilleure marge de manœuvre monétaire et budgétaire.

Nous estimons que les mesures de soutien mises en œuvre jusqu'à présent par le gouvernement suffiront à peine à compenser l’effondrement des prix énergétiques, lequel ne constitue pas l'unique problème que l'économie canadienne rencontrera. Même si les Canadiens disposent d'excellents programmes de bien-être social, leurs législateurs devront mettre sur pied de nouvelles mesures pour soutenir directement les entreprises et les ménages durant toute la période de perturbations liées au virus et éviter des faillites en série.

À notre avis, le gouvernement canadien devra probablement doubler minimalement son effort budgétaire et la Banque du Canada devrait abaisser les taux d'intérêt à zéro, tout en déployant d'autres moyens pour assouplir les conditions financières, notamment des rachats directs d'obligations d'État, afin d'assurer que le crédit continue d’irriguer l'économie.

Les économistes de PIMCO Tiffany Wilding et Allison Boxer contribuent régulièrement au blog de la société.

L'auteur

Tiffany Wilding

Économiste, Amérique du Nord

Allison Boxer

Économiste

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